Séminaire du thème 3 du CREN : Politiques et acteurs en éducation et formation
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Le 12 février 2026 de 10:00 à 11:30Campus Tertrefalse false
Rhétoriques de crise et remises en cause de l’État-enseignant aux États-Unis (1983-2025)
Cette communication analyse l’évolution des discours publics de crise portant sur l’enseignement aux États-Unis entre 1983 et 2025 et leurs effets sur les politiques éducatives états-uniennes contemporaines. À partir d’un examen de la construction, dans le début public états-unien au 20e siècle, d’une division structurante entre « éducation progressiste » et « éducation traditionnelle » de la pensée éducative, elle montre comment le recours au langage de la crise, à partir des années 1980, a contribué à reconfigurer le débat éducatif autour de l’opposition entre public et privé dans une optique d’efficacité (efficiency) de l’enseignement et à favoriser le développement de politiques éducatives de dérégulation, de privatisation et de mise en concurrence dans l’enseignement : mouvement du school choice, charter schools, vouchers, politiques d’accountability notamment. En effet, depuis le rapport A Nation at Risk (1983), l’enseignement public états-unien est régulièrement présenté comme « en crise » et comme incapable de stimuler la compétitivité économique, de renforcer la cohésion sociale ou d'assurer la transmission des valeurs civiques de la nation. À partir d’une analyse des discours publics sur l’éducation croisant sources politiques, médiatiques, syndicales et institutionnelles, cette communication met en évidence l’évolution des registres argumentatifs mobilisés dans le discours public états-unien sur l’éducation. Elle souligne notamment le passage d’une rhétorique de la crise centrée sur les performances scolaires et leurs effets économiques dans les années 1980-1990 à des discours de crises - en partie assimilables à des « paniques » - culturelles, morales et identitaires plus marquées dans les années 2010-2020. En pratique, ces diagnostics alarmistes et le recours au langage de la crise, réactivés à diverses périodes par des acteurs relevant de diverses sensibilités politiques, servent souvent de justification à des réformes structurelles visant à reconfigurer le rôle des États - fédéral aussi bien que fédérés - en éducation, souvent présentés comme incompétents ou idéologiquement situés.