Portrait de Marie-Laure Tending

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Peux-tu te présenter et nous raconter comment tu es arrivée au métier d’enseignante chercheuse ?

Je suis Marie-Laure Tending, j’ai fait une licence de lettres modernes. Pendant ma licence 3, j'ai eu un cours d'introduction à la sociolinguistique, discipline que j’ai découverte et qui m’a fait découvrir les problématiques liées à la langue et à l'identité. Ce sont des choses qui me touchaient, qui me concernaient personnellement, mais des questions que je ne m'étais jamais posées. J’ai donc fait un master diversité linguistique et culturelle qui m'a permis de continuer à creuser ces questions-là. Mon arrivée en recherche est le fruit du pur hasard, dans la mesure où c’est plutôt le contenu thématique qui m'intéressait dans le choix de ce Master. Et il se trouvait que c'était porté par une formation orientée recherche et donc mon entrée en recherche s'est faite vraiment par cette voie-là. D'ailleurs, ça m'avait un peu, entre guillemets, inquiétée au début. Je ne me voyais vraiment pas dans le domaine de l'enseignement ; je me voyais plutôt intervenir dans des organismes type UNESCO par exemple. Finalement, l'intérêt s'est tissé progressivement, les premiers cours de méthodologie, les premiers entretiens, voilà c'est une découverte qui s'est faite et je me suis rendue compte que oui ça pouvait me convenir. Mon directeur à l'époque me pose naturellement la question de la poursuite en thèse qui m'inquiétait quelque peu.

Je me disais  je ne me sens pas les épaules  et il a eu une réponse magnifique qui a été :  écoute ça ce n’est rien, c'est un détail les épaules on peut les élargir .

J’ai donc réalisé une thèse sur les questions thématiques de l'intégration de personnes originaires d'Afrique noire francophone et leurs rapports aux langues, notamment à la langue française.

Est-ce que tu peux nous raconter ton quotidien de chercheuse, tu es en CRCT, ça veut dire quoi ?

CRCT c’est : Congé pour Recherches ou Conversions Thématiques. J'ai obtenu un congé de recherche, dont le but est de poursuivre, développer, m'engager dans une nouvelle recherche. Il permet aux enseignant·es chercheurs·euses, de pouvoir faire une pause dans l'activité de l'enseignement.
Avec ce congé, je peux poursuivre mes recherches autour de la réalisation de biographies langagières familiales. Ce que j'essaie de voir, c'est comment le français a été reçu en Afrique, du point de vue des personnes à qui il s’est au départ imposé par le biais de la colonisation, et comment les rapports construits à cette langue d’héritage coloniale ont évolués dans le temps. Mon souhait est, notamment, de pouvoir interroger des personnes nées pendant la colonisation. L'idée c'est de retourner sur le terrain pour pouvoir mener ces interrogations-là, faire ces enquêtes au sein des familles et questionner les dynamiques de transmissions des langues, d’une génération à l’autre, au sein d'une même famille. Il faut du temps pour retourner sur le terrain, ce n'est pas un terrain à proximité.

Comment perçois-tu ton travail et son évolution ?  

Le métier d’enseignant·e chercheur·euse est peu connu au sein de la société. Les personnes identifient plus facilement ce qu’est le métier d’enseignant·e dans le secondaire ou dans le primaire. Le métier d'enseignant·e chercheur·euse c’est un peu une forme de nébuleuse, il est considéré, parfois, comme un peu privilégié, un peu en marge de la société ou un peu au-dessus, au-dessus des problématiques actuelles. Ces problématiques, on les retrouve partout dans la fonction publique dans la société. Dans un domaine comme celui de la recherche, il faut un temps de maturation, de réflexion, etc. On est dans un contexte où ça va de plus en plus vite, où l'internet, l'IA, etc. apporte des réponses instantanément ; on s'attend inconsciemment à ce que nous [enseignant·es chercheurs·euses] aussi nous produisions de plus en plus vite avec moins de temps. Finalement, le métier de l'enseignement et de la recherche souffre des mêmes problématiques que les autres secteurs.
Je suis quelqu'un de plutôt optimiste et c'est ce qui permet de tenir d'ailleurs pour s'engager dans une recherche. Il faut avoir foi en l'avenir parce qu'on s'engage dans des projets longs. C'est un beau métier parce que c'est un métier pour moi qui implique de l'engagement comme dans une vocation. Si on n'est pas passionné, c'est un peu compliqué.

Qu’est-ce qui te permet de faire des pauses à côté de ton métier ?

Pendant ma thèse, étant en sciences humaines et sociales, avec un sujet qui portait sur les constructions identitaires, les rapports aux autres, etc., tout faisait sens et mon cerveau était tout le temps en ébullition. Donc, pour avoir des pauses, je regardais des dessins animés ! Avec des films, ce sont des vraies personnes, ce sont des problématiques, mon cerveau était toujours en ébullition. Alors qu’avec les dessins animés, je me disais, «bon ok, c'est un dessin animé, ce n’est pas réel». C’était ma pause.
Maintenant, c'est plutôt la musique qui va m'apaiser. Avant, c'était la lecture. Si j'ai fait une licence de lettres modernes, c'est parce que j'ai toujours aimé lire. J'étais une dévoreuse de livres quand j'étais petite. Je sortais de l'école et j'avais un livre en main et je marchais en lisant. Il y avait mon grand frère qui marchait devant moi et c'était lui mon guide pour ne pas que je me prenne quelque chose. Tout ça parce qu’il fallait absolument que je finisse mon livre ! Par exemple, en seconde ou première, j’ai lu entièrement l’énorme opus des Mille et Une Nuits en UNE seule semaine, entre les cours !

Propos recueillis le 13 mars 2026

Membre du CREN

Marie-Laure Tending est membre du thème 2
 
Mis à jour le 15 avril 2026.