Portrait de Cendrine Mercier

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Est-ce que tu peux te présenter et présenter ton parcours ?

Je suis Cendrine Mercier, je suis maître de conférences en sciences de l’éducation et de la formation. Je suis rattachée au CREN et enseignante aussi à l'Inspé sur le site du Mans.

Je suis originaire de Haute-Savoie, j'ai étudié à l'Université de Grenoble. Je suis allée un peu par défaut en psychologie, parce que j’y ai fait les portes ouvertes. Je n’avais pas d’excellentes notes mais j'y croyais quand même, alors j’ai suivi mon grand frère à Grenoble. Finalement, j’y ai passé 5 années en psychologique (licence et master) et j’ai même fini par être majeure de promo sur la dernière année, donc je pense que j'avais trouvé ma voie. En Master 2, j'ai été accompagnée par une enseignante qui s'appelait Catherine Blatier, et qui est toujours un peu autour de moi aujourd’hui. Elle a perçu en moi quelque chose que je ne voyais pas encore moi-même. A ce moment-là, il y avait plein de codes dans ce milieu que je ne comprenais pas. J’ai soutenu en 2017 sous la direction de Jean-François Bourdet et Patrice Bourdon. Le moment de la qualification, ça m’a fait quitter la bulle de doctorante dans laquelle j’étais. C’est à dire un projet où tout le monde était gentil avec moi, et lorsque je suis sortie j’ai appris que c'était un peu plus dur en fait la recherche. J’ai finalement eu mon concours en 2019. J’essaie toujours de maitriser ma légitimité mais ça reste compliqué pour moi. Je publie beaucoup, j’ai besoin de justifier que je suis là et que je le mérite. La recherche, c'est un monde que tu découvres et t'apprends au fur et à mesure.

Est-ce que tu peux en dire plus sur ton sujet de recherche ?

Je travaillais sur l'appropriation des outils numériques par les jeunes avec autisme, les accompagnant·es, les parents et les professionnel·les. Après en 2019 j'ai été recrutée au thème 4, j’ai intégré la dimension du bien être dans mes recherches. Aujourd’hui, je gravite entre outils numériques, écoles inclusives, et bien-être, notamment chez les enseignant·es qui doivent se les approprier. Je suis en train d’approfondir les conditions favorables permettant aux enseignant·es de s’approprier ces outils et d’en faire un usage confortable.

Dans ton parcours tu parles beaucoup de rencontre avec des personnes avec qui tu as collaboré, des personnes qui ont compté dans l’évolution de ton travail, qu’en est-il aujourd’hui ?

Les personnes que je t'ai citées, notamment Catherine Blatier, elle était sur mon jury de thèse. Ce sont des piliers qui m’ont aidé à aller de l’avant. J'ai toujours des petits noyaux. Par exemple, pendant la Covid-19, on a beaucoup écrit avec Gaëlle Lefer, on était à distance, elle était à Mayotte et j'étais en métropole. Ensuite on a fait un trinôme avec Agnès Florin et Omar Zanna, c’était trop bien on a écrit plein de trucs. J’avais besoin de noyaux, mais maintenant, je commence à faire mon identité. J’écris toute seule et je gravite dans plusieurs cercles de chercheurs·euses. Quand tu fais un projet de thèse avec des gens, tu fais partie d’une petite famille et tu ne vas jamais ailleurs. Et quand tu sors de cette petite bulle, tu ne sais pas comment il faut faire. Depuis que je suis co-responsable du thème 4, je suis beaucoup dans l’échange avec d'autres gens, ça m’aide à m'ouvrir progressivement. J'ai quitté cette idée de noyau qui était quelque chose de rassurant mais peut-être je me sens mieux en tant qu'individu maintenant.
 

Il me semble que ce métier est hyper important parce qu’il permet d'avoir une voix.

Comment tu perçois ton métier et son évolution ?

J’ai beaucoup d'espoir dans ce métier. Tout à l'heure tu as demandé pourquoi je l'avais choisi. Je ne l'ai pas vraiment choisi. J’ai suivi le cursus doctorat et j'ai foncé dessus. Je ne savais même pas ce qu'on devenait après un doctorat, j’ai évolué dans ce milieu sans vraiment trop savoir ce que je voulais faire. Ce qui me maintient dans ce métier c’est cette position d'apprentissage et d’évolution. Il me semble que ce métier est hyper important parce qu’il permet d'avoir une voix. Alors la question, c'est de savoir qui c'est qui nous lit ? Je pense que le gouvernement ne nous lit pas forcément en fonction des thèmes. Mais moi, mon espoir ce serait déjà d'être lu par des instances politiques qui font les lois, notamment sur le numérique pour les jeunes. Plus précisément sur la manière dont on peut protéger les enfants. Je ne dis pas qu'il ne faut pas d'écran, je dis juste qu'il faut les protéger, c'est vraiment important. Je crois que je suis dans le social et j'ai espoir qu'on puisse changer ce monde via la recherche entre autre. Ce que je souhaite c’est d’ouvrir les portes aux gens, leur dire que tout est possible. Je crois que dans ce métier, tu ne peux pas tout faire, mais il est assez libre pour que tu puisses avoir un peu d'impact. Je ne dis pas qu'on aura beaucoup d'impact, mais tu peux écrire, ça peut être publié, il y a des gens qui peuvent te lire, tu peux essayer d'aider les enfants à s'ouvrir. Je ne sais pas si ça va marcher, mais je pense qu'on a un rôle à jouer.

Qu’est ce qui t’anime à côté de ton travail ; qui te donne de l’énergie ?

Quand je suis sur les réseaux sociaux, je suis contente de voir que dans les commentaires il y a des jeunes qui sont en train de se dire "ah non ça c'est de l'IA, ne croyez pas n'importe quoi". Il y a des jeunes qui sont en train de se rebeller. Ça me fait du bien parce que je me dis là ils ont cru que les jeunes veulent plus réfléchir mais si en fait. Les commentaires arrivent avec plus de jugeote, et celui qui a le plus de « j'aime », c'est celui qui dit que c'est une IA, donc je trouve ça cool. Je pense que les jeunes finiront par mener leur propre révolution. Alors que la génération précédente était davantage portée par les enjeux écologiques, celle-ci sera sans doute marquée par les questions liées à l’IA et par une volonté de ne pas se laisser faire. Donc je me dis que ce n’est pas fini.
 

Propos recueillis le 5 mars 2026

Membre du CREN

Cendrine Mercier est co-responsable du thème 4
Elle apparaît dans le podcast de Nantes Université "ils font l'université" 
Mis à jour le 22 avril 2026.