Portrait de Alice Pavie

Portrait AP Peux-tu te présenter et nous raconter comment tu es arrivée au métier d’enseignante chercheuse ?

Je suis Alice Pavie, je suis nouvellement maîtresse de conférences depuis la rentrée de septembre à Nantes Université. J’ai réalisé ma thèse en sociologie à Aix-Marseille Université. Entre la thèse et le recrutement, j'ai fait un post-doctorat à l'Université Laval au Canada. Ce qui m'a amené à faire de la recherche, c'est au départ la rencontre avec une discipline, la sociologie, dès le lycée. C’était une option à l'époque et ça m'avait beaucoup plu. La sociologie m’a ouvert les yeux sur plein de choses. Après ça, j'ai toujours eu envie de continuer à faire de la socio. J’ai fait tous mes choix en fonction de ça. Du coup j'ai eu un parcours un peu en ligne droite à partir de là, jusqu'au master on va dire. Après ma première année de master, j'ai recommencé à me poser des questions, à me dire est-ce que c'est vraiment ce que je veux faire finalement ? Est-ce que je n’ai pas fait tous ces choix parce que ça marchait bien pour moi et que j'avais des bons résultats ? Pour répondre à ces questions, j’ai fait une année de césure. C'est le moment où je suis arrivée à Marseille. J'ai travaillé pendant un an dans une association. C'était une super expérience mais rapidement la recherche ça m'a manqué. J'ai rencontré dans cette association Emily Lopez qui faisait une thèse CIFRE sur l'association. On a commencé à faire des entretiens avec les gens de l'asso, etc. Au bout de quelques mois, alors que l'idée c’était de faire un peu une pause universitaire, et bien je suis revenue à la recherche. Cette association est d’ailleurs devenue l’un des terrains d’enquête de ma thèse.

Tu as reçu plusieurs prix avec ta thèse, est ce que tu veux nous en dire plus ?

Je suis super honorée ! Mais je suis aussi un peu gênée parce que j'ai l'impression d'avoir cumulé plusieurs prix et que la concentration des ressources dans le monde de la recherche n’est pas une bonne chose. [Alice Pavie a également obtenu le prix Jean-Claude Eicher 2025 et le prix de la ville de Marseille.] Mais oui, je suis super honorée, notamment par le prix du défenseur des droits. Je trouve que c'est vraiment une institution qui est importante et qui fait un super travail sur plein de sujets : sur les discriminations en général, ethno-raciale en particulier, sur le droit des enfants, etc. qui sont des sujets qui sont, je trouve, très peu portés à ce niveau-là. Ce sont des gens qui font vraiment un super boulot, donc j'étais très honorée de recevoir ce prix. J’étais très contente de me dire que cette institution ait pu considérer que mon travail et ses résultats puissent contribuer à la défense des droits, en l'occurrence ceux des élèves de l’éducation prioritaire, c’est formidable !

J’étais très contente de me dire que cette institution [défenseur des droits] ait pu considérer que mon travail et ses résultats puissent contribuer à la défense des droits, en l'occurrence ceux des élèves de l’éducation prioritaire, c’est formidable !

Est-ce que tu peux nous raconter ton quotidien d’enseignante chercheuse ? Notamment la répartition de ton temps en fonction des différentes missions que ce travail comporte ?

Pour moi cette année, il y a eu plein de choses nouvelles, et aussi plein de choses qui ont continué un peu comme avant. J’étais impliquée dans plusieurs collectifs et projets de recherche. C’est une part de mon travail qui perdure et rythme mon quotidien. C’est-à-dire, l'organisation d'événements scientifiques, ou le suivi de projets de recherche. Ce qui a changé cette année, c'est d'une part la prise de poste avec les nouveaux cours à préparer, et d’autre part, ma transition géographique (je suis passée de Marseille à Nantes). J'ai aussi découvert un peu plus ce que c'est de faire vivre un département d'enseignement et un laboratoire de recherche. J'ai concentré mon service de cours au premier semestre. Je me suis d’abord focalisée sur l'enseignement et la découverte des étudiant·es de Nantes Université en sciences de l'éducation. C'était super et je pense que ça s'est bien passé, même si c'est la première année donc je pense que j'ai plein de choses à découvrir et des moyens de progresser, des choses à améliorer sur les enseignements. Et l'idée, c'était de pouvoir me consacrer davantage à la recherche au second semestre.

Dans tous les cas, j'ai l'impression d'avoir des journées de travail très variées où je switch entre différents projets, qui sont tous super stimulants, mais qui sont également prenants. C'est plus dur pour l'instant pour moi de réussir à consacrer des temps longs à des choses qui demandent de se poser davantage, d'être dans une réflexion plus approfondie. Et notamment, ce que j'avais l'intention de faire au second semestre, c'était de me consacrer à la transformation de ma thèse en ouvrage. J’espère le faire cet été !

Ça veut dire quoi de travailler dans un collectif de recherche ?

Ça dépend un peu du périmètre du collectif et des objectifs qu’il se donne. Parfois, il y a des collectifs ponctuels. Par exemple, en ce moment, je participe avec des collègues du Cens (Ludivine Balland, Mary David et Sophie Orange) à l'organisation des doctoriales du RESUP, qui est un réseau de recherche sur l'enseignement supérieur. Les doctoriales vont avoir lieu en juin. C'est un collectif qui est provisoire, qui se forme pour organiser un évènement scientifique particulier. Il s’agit de faire le dialogue avec les gens qui ont candidaté pour communiquer, envoyer leurs propositions aux gens qui vont les évaluer, ensuite organiser les aspects matériels aussi de l'événement, de prévoir les buffets, les nuits d'hôtel pour les gens qui vont venir, faire le point sur le budget etc. Et après, il y a des collectifs de recherche autour de projets de recherche sur des temps plus longs. Notamment ça fait plusieurs années maintenant que je travaille avec Marco Oberti qui est un chercheur de Sciences Po et Mathieu Rossignol-Brunet qui est à Dijon à l'IREDU et on a un projet sur la réforme des admissions à Sciences Po Paris. Ce projet est suivi sur le temps long. On a fait des enquêtes, recueilli des données, fait l'analyse et ensuite produit ensemble des articles et des communications.

A côté de ton métier, peux-tu nous partager des choses qui te permettent de faire des pauses ?  

Il y a plein de trucs qui me permettent de le faire ; la lecture, les séries, le cinéma, les jeux de société, je suis une grande fan de jeux de société, les jeux vidéo un peu. Pendant longtemps j'ai été frustrée de ne plus réussir à lire pour le plaisir. Ça vient un peu par phase, mais là, ces derniers temps, je m’y suis remise. Je suis contente de ça. C'est vrai que dans le quotidien, quand on lit beaucoup d'articles scientifiques, quand on passe la journée à lire, c'est plus dur de garder ça comme loisir. Mais en ce moment, j'y arrive bien. Peut-être parce que je suis un peu plus sur des tâches d’organisation, mais en tout cas, j'y gagne au moins ça donc c'est plutôt cool.

Propos recueillis le 23 avril 2026

Membre du CREN

Alice Pavie fait partie du thème 3
 
Mis à jour le 21 mai 2026.