Séminaire Emancipation, aliénation, reconnaissance du 02/02/2018

  • Compte rendu
  • Emancipation, aliénation, reconnaissance

    sous la responsabilité d'Alain Patrick Olivier

    Coordination : Anne Launois

    Vendredi 2 février 2018

    Séminaire

    La vocation de ce séminaire spécifique du thème 5, animé par Alain Patrick Olivier et Maiwenn Roudaut, est avant tout la traduction de l’allemand vers le français d’un texte de Karl Marx. Plus précisément la traduction de dix-huit pages écrites par le jeune Marx, exposant ses considérations d’un ouvrage de James Mill, Elémens d’économie politique. Karl Marx ferait preuve, dans ces pages, d’intérêt pour une théorie de la reconnaissance, telle qu’elle a été explorée quelque peu auparavant par Hegel, notamment lors de son passage à l’université d’Iéna. L’un des intérêts notoires de ce travail était d’interroger également la dimension conceptuelle de l’aliénation entendue par Marx — intimement corrélée à celle de la reconnaissance chez Hegel — puisque la thématique du thème 5 du CREN concerne l’émancipation, l’aliénation et la reconnaissance.

    Ce texte de Karl Marx suscite aujourd’hui une certaine curiosité, d’autant plus car sa traduction en français par les éditions La Pléiade reste parcellaire et limitée quant à la restitution des concepts marxiens, concepts posant indubitablement des problèmes de traduction tant ils sont denses, touffus, et prennent différents sens au long du parcours de Marx.

    La traduction de ces dix-huit pages donnera lieu à un article qui sera publié dans la revue La Mer Gelée. Alain Patrick Olivier (professeur des universités en philosophie) et Maiwenn Roudaut (maître de conférences en études germaniques) ont déjà publié la traduction d’un livre de Hans-Chirstoph Schmidt am Busch, La "reconnaissance" comme principe de la Théorie critique (ENS éditions, 2015) dans lequel apparaît un extrait du texte de Marx qui intéresse ce séminaire. Ils travaillent sur cette traduction en compagnie de Herbert Holl (maître de conférences honoraire à l’Université de Nantes), maître de conférences en études germaniques. Des doctorants et étudiants en master étaient présents pour ce qui s’est plus apparenté à une séance de travail collectif autour du texte allemand, de ses traductions en italien et en français, et du texte de Mill traduit en français.

    Cependant, la traduction intégrale du texte et le souci d’une compréhension fine des concepts n’est pas chose aisée, car comme d’aucun en a conscience les syntaxes allemandes et française présentent bien des divergences. Il est par conséquent nécessaire de se saisir de l’esprit du texte afin d’en restituer une version au plus près de son essence. Le séminaire s’est, à cet égard, déroulé de la manière suivante :

    • Dans un premier temps, chercher le mouvement du texte.
    • Puis effectuer un retour sur la manière dont Marx a lui-même traduit certains extraits du texte de Mill — les passages sur lesquels il s’attarde et ceux dont il fait fi — pour son usage personnel.
    • Traduction de l’allemand vers le français et problèmes rencontrés.

    Une partie de la séance a été consacrée, en filigrane, à la compréhension des concepts marxiens de reconnaissance (Anerkennung), de mutualité et de réciprocité (Wechselseitigkeit), d’auto aliénation (Selbstentfremdung). Herbert Holl a apporté à ce travail la préciosité qui est sienne dans l’immersion linguistique de l’allemand, afin que des débats ainsi initiés avec Alain Patrick Olivier, Maiwenn Roudaut et les étudiants assistant à la séance puisse découler une traduction au plus près de l’esprit du texte, mais bien plus encore une dynamique de travail pour les chercheurs s’attelant à cette tâche. Comme le formule Herbert Holl, "ce qui passionne Marx c’est que la reconnaissance chez les économistes prend la forme du Wechsel — échange (Wechselseitigkeit) — la mutualité ou la réciprocité." C’est autour de ces notions qu’a porté une partie du travail de ce 2 février.

    Voici un extrait du texte traduit lors de cette séance séminariale :

    Texte de Karl Marx.

    "Sehr gut und das Wesen der Sache in einen Begriff gebracht, ist es, wenn Mill das Geldals den Vermittler des Austausches bezeichnet. Das Wesen des Geldes ist zunächst nicht, daß in ihm das Eigentum entäußert wird, sondern daß die vermittelnde Tätigkeitoder Bewegung, der menschliche, gesellschaftliche Akt, wodurch sich die Produkte des Menschen wechselseitig ergänzen, entfremdet und die Eigenschaft eines materiellen Dings außer dem Menschen, des Geldes wird."

    Traduction du texte lors du séminaire.

    "C’est très bien d’amener l’essence de la chose en un concept, quand Mill caractérise l’argent comme le médiateur de l’échange. L’essence de l’argent n’est d’abord pas qu’en lui, la propriété soit extériorisée. Mais que l’activité médiatisante ou le mouvement, l’acte humain social par lequel les produits de l’homme se complètent réciproquement, soit aliénée et devienne le caractère propre d’une chose matérielle en dehors de l’homme — l’argent."

    Florian Tharrault

    Référence : 

    Marx, K. (1962). »Auszüge aus Mills Buch Élémens d'économie politique«. In: Karl Marx/ Friedrich Engels - Werke. Berlin, Dietz Verlag. Band 40, 444 – 463.

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