N°32 – La bientraitance pédagogique – Une relation de confiance partagée une attention ajustée

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4 Comments

  1. Un grand merci pour le partage de votre recherche. Je vous transmets en retour un article écrit à l’occasion de l’hommage rendu à Pierre Vermersch publié dans la revue « expliciter ».
    Témoignage d’une praticienne à l’entretien d’explicitation, enseignante spécialisée chargée de psychopédagogie dans un Centre-Médico-Psycho-Pédagogique :
    Léa est une petite fille qui est empêchée d’apprendre. Scolarisée en dispositif ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire), elle partage son temps scolaire entre sa classe dite d’inclusion et sa classe de référence. De nombreuses évaluations réalisées ont été analysées et ont conduit des professionnels à penser et à construire pour Léa un dispositif où elle devrait pouvoir enfin s’épanouir et apprendre à son rythme avec les appuis et les modalités qu’on a estimés nécessaires et suffisantes pour y parvenir. Léa devrait y arriver d’autant que le projet sera régulièrement réétudié réévalué afin d’être ajusté en cours de scolarité si nécessaire. Oui mais voilà, pour Léa ça ne fonctionne pas comme on a pu le penser. L’Inclusion Scolaire dérape.
    Léa vit très mal les temps dits d’inclusion. Elle le repère à une crispation une tension qu’elle situe au niveau de son thorax. Blottie dans son manteau qu’elle ne quitte pas pendant toute sa séance en psychopédagogie, elle témoigne d’une gêne paralysante provoquée par ce qu’elle perçoit dans le regard de ses camarades lorsqu’elle arrive dans la classe d’accueil alors que tout le monde est déjà assis devant sa table. Comment s’installer dans cette classe qu’on dit être aussi la sienne, alors que cet endroit reste pour elle trop hostile ? Derrière son sourire crispé, c’est toute la détresse d’une petite fille qui peut passer inaperçue. Léa très gentille très polie cache un profond mal être, un impossible à apprendre. Elle en reste persuadée, rien ni personne ne peut lui faire changer d’avis, ce n’est pas là qu’elle pourra s’épanouir et apprendre. Alors elle passe son temps et son énergie à chercher comment faire pour ne plus être là, là où a été décidé pour elle qu’elle devrait être.
    En séances de psychopédagogie proposées dans un Centre-Médico-psychopédagogique, Léa me dit son embarras qui l’empêche d’apprendre dans la classe de référence. Elle crie son intention d’être ailleurs, dans l’autre classe, la classe où elle se sent bien, là où elle n’a ni crispation ni tension, là où elle voudrait rester tout le temps. Elle cherche désespérément toutes sortes de stratagèmes pour éviter ce terrible moment de changement de classe et confie sa présence en séances au CMPP à des fins d’échapper à ces temps dits d’inclusion. Elle ne veut pas aller en classe de référence, me supplie de l’aider à trouver des moyens pour ne plus y aller, m’attribuant cette tâche et cette fonction dans l’accompagnement qui est mis en œuvre.
    Jusqu’à présent les tentatives pour explorer et tenter d’autres façons de faire ont échoué. Léa contrôle les impasses, ça ne fonctionne pas Mme Hatier me dit-elle, ça ne marche pas je vous le dis, ça ne marche pas. Et de récolter comment ça fonctionne quand justement ça ne fonctionne pas. Il ne peut y avoir de changement dans cette fermeture, Léa contrôle. Interroger les modalités d’apprentissage avec l’équipe enseignante pour les ajuster reste pour l’instant en attente du retour de la maman de Léa qui s’associera alors à la réflexion en réunion d’équipe éducative. La situation bien verrouillée semble ne laisser aucun espoir de changement. Léa contrôle les impasses et l’enseignante spécialisée que je suis, impliquée en séance de psychopédagogie dans cet impossible à apprendre, en devient le témoin privilégié et jusqu’à présent impuissant.
    Confiante dans ce qui peut advenir d’inattendu, j’opte alors pour la mise en situation d’un lâcher- prise. Déjà tentée, je sais cette modalité très appréciée par Léa. Je choisis cette fois d’y associer un guidage proche de celui utilisé lors des entretiens d’explicitation. Mon but est ici de passer du contrôle très opérationnel de Léa à un contrôle du contrôle pour se rendre disponible à quelque chose de nouveau et qui reste à découvrir.
    J’invite Léa à déchirer avec moi des petits papiers de couleurs et à les coller sur une feuille blanche. Avec un crayon noir, je lui propose de laisser venir ce qui vient comme ça vient, et de regarder ce qui se passe dans l’instant. Par un guidage en temps réel de l’action, mes questions, mes relances, cherchent à orienter l’attention de Léa vers quelque chose d’inhabituel pour elle, quelque chose où elle parvient à contrôler son contrôle. Guidée, Léa goûte ce qui se passe pour elle au moment où cela se passe et recueille dans l’instant les effets du lâcher-prise. À suivre…
    Un grand merci Pierre de continuer à m’ouvrir des pistes de réflexion et de travail.
    Catherine HATIER Expliciter est le journal de l’association GREX 2 Groupe de recherche sur l’explicitation n° 127 novembre 2020

  2. Bonjour,
    Fonctionnaire stagiaire en sciences et techniques médico-sociales en lycée professionnel ,auparavant infirmière en EHPAD je suis très sensible au sujet de votre thèse. Mon mémoire de Master porte sur la bienveillance ( faire le parallèle entre la bientraitance dans le médico-social et la bienveillance scolaire m’a semblé une évidence) Vous citez dans votre thèse une charte de bientraitance scolaire. Serait il possible de la consulter? Je souhaite citer vos travaux dans mon mémoire. Je vous remercie pour votre attention.

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